Comment assurer seul la captation d’une conférence professionnelle de près de deux heures avec deux caméras, une régie vidéo compacte et un dispositif technique relativement léger ? Retour d’expérience sur la captation du Décarbon’Tour du MEDEF Gard, entre réalisation multicaméra, contraintes de prise de son et enseignements pour les prochaines productions.
Une conférence économique comme terrain d’expérimentation audiovisuelle
À l’occasion du Décarbon’Tour organisé par le MEDEF Gard, en partenariat avec le MEDEF Occitanie et EDF, j’ai été sollicité pour réaliser la captation vidéo d’une conférence consacrée à la décarbonation des entreprises.
L’événement réunissait des dirigeants, des représentants d’entreprises industrielles, des spécialistes de l’énergie et des acteurs du financement de la transition écologique.
Au programme : des témoignages d’entreprises, des retours d’expérience sur les économies d’énergie, le photovoltaïque, l’électrification des transports et les difficultés de financement des investissements.
Mais pour moi, cette conférence représentait aussi une opportunité : éprouver en situation réelle une configuration de captation multicaméra légère, pilotée par un seul opérateur.
L’objectif n’était pas de déployer une régie de télévision traditionnelle avec plusieurs cadreurs, un ingénieur du son et un réalisateur. Il s’agissait au contraire de voir jusqu’où pouvait aller un dispositif compact, rapide à installer et relativement économique.
Deux caméras Canon et une YoloBox Extreme
Pour cette captation, j’ai choisi de travailler avec deux caméscopes Canon :
- Une Canon XA60, utilisée pour les plans rapprochés des intervenants.
- Une Canon LEGRIA HF G50, affectée au plan général de la table ronde.
Les deux caméras étaient installées sur trépied, en haut de l’amphithéâtre.
Ce positionnement présentait plusieurs avantages : une vue dégagée sur la scène, la possibilité de suivre les différents intervenants et un espace suffisant pour installer la petite régie vidéo.
Au centre du dispositif, une YoloBox Extreme de YoloLiv, utilisée pour sélectionner les sources vidéo et enregistrer le programme réalisé.
Le principe était simple : conserver en permanence un plan général de sécurité, tout en utilisant la seconde caméra pour suivre les prises de parole.
Cette méthode permet d’assurer une continuité visuelle même lorsque l’opérateur doit modifier un cadrage, ajuster un zoom ou anticiper le prochain intervenant.
Trois enregistrements pour sécuriser la production
L’un des choix importants de cette captation concernait l’enregistrement.
Plutôt que de me reposer uniquement sur le programme réalisé par la YoloBox, j’ai conservé trois enregistrements distincts :
- Le plan rapproché enregistré par la première Canon.
- Le plan général enregistré par la seconde Canon.
- Le Program Out enregistré par la YoloBox Extreme, comprenant les changements de caméra et les éléments graphiques.
Cette précaution s’est révélée particulièrement utile.
Lorsqu’on assure seul le cadrage et la réalisation, les changements de plan ne sont pas toujours parfaits. Il faut parfois choisir entre suivre immédiatement un intervenant qui prend la parole et revenir à la régie pour commuter.
Avec les deux enregistrements séparés, il devient possible de reprendre les transitions en postproduction sans perdre le contenu de la conférence.
C’est une forme de sécurité qui me paraît indispensable pour ce type de prestation.
Le principal défi : être cadreur et réalisateur en même temps
Sur le papier, piloter deux caméras et une régie compacte peut sembler relativement simple.
Dans la pratique, les choses sont différentes.
Pendant la conférence, je devais suivre les intervenants, anticiper les changements de prise de parole, ajuster les cadrages et intervenir sur l’écran tactile de la YoloBox.
Or, celle-ci était positionnée un peu trop loin de ma zone de travail principale.
Résultat : certaines commutations n’étaient pas aussi fluides que je l’aurais souhaité.
Ce n’est pas un problème de capacité de la régie, mais bien d’ergonomie du poste de réalisation.
La leçon est simple : dans une configuration exploitée par une seule personne, l’accessibilité des commandes devient aussi importante que les performances du matériel.
Pour les prochaines captations, je réfléchis donc à déporter certaines commandes sur un smartphone, idéalement fixé à proximité de la tête du trépied de la caméra principale.
L’objectif est de pouvoir suivre un intervenant tout en gardant les commandes de réalisation immédiatement accessibles.
La prise de son : composer avec les moyens disponibles
Autre difficulté rencontrée : l’audio.
L’amphithéâtre disposait d’un système de sonorisation permettant de diffuser les interventions dans la salle, mais aucune console de mixage n’était disponible pour récupérer directement les signaux des microphones.
La captation sonore s’est donc effectuée à partir du son ambiant, comprenant les voix reproduites par les haut-parleurs de l’amphithéâtre.
Cette solution présente évidemment des limites.
Les microphones enregistrent non seulement les voix amplifiées, mais également la réverbération de la salle, les bruits du public et les variations de niveau entre les intervenants.
Le son reste exploitable, mais il nécessite davantage de travail en postproduction.
J’ai donc prévu un traitement complémentaire dans CapCut, notamment pour réduire le bruit de fond et homogénéiser les niveaux sonores.
Cette expérience confirme une règle bien connue en audiovisuel : la qualité du son constitue souvent le principal défi d’une captation de conférence, davantage encore que l’image.
Pour les prochaines prestations, la récupération d’un signal audio direct, lorsqu’elle est possible, sera un point à anticiper dès la préparation technique.
Les synthés : un travail éditorial souvent sous-estimé
Une captation de conférence ne consiste pas uniquement à enregistrer des images et du son.
Il faut aussi permettre au spectateur d’identifier les personnes qui prennent la parole.
Pour cette réalisation, les logos du MEDEF Gard et de TV Lunel ont été intégrés à l’habillage vidéo.
En revanche, je ne disposais pas à l’avance de la liste complète des intervenants avec leurs fonctions.
J’ai donc réalisé les synthés nominatifs en postproduction dans Adobe Premiere Pro.
Sur une conférence réunissant de nombreux intervenants, ce travail peut rapidement devenir chronophage.
Il faut identifier les personnes, vérifier l’orthographe des noms, retrouver leurs fonctions et placer les synthés aux moments appropriés.
La YoloBox Extreme permet pourtant de préparer et d’afficher des overlays directement pendant la réalisation.
Pour les prochaines conférences, l’objectif sera donc de préparer ces éléments graphiques en amont, à partir d’une liste fournie par l’organisateur.
Cela permettra de produire un Program Out beaucoup plus proche d’une version immédiatement diffusable.
Adobe Premiere Pro pour finaliser la réalisation
Une fois la conférence terminée, les trois enregistrements ont vocation à être réunis dans Adobe Premiere Pro.
Le mode multicaméra permet de synchroniser les sources grâce à leurs pistes audio, puis de reprendre les changements de caméra lorsque cela s’avère nécessaire.
L’intérêt de cette méthode est de ne pas repartir de zéro.
Le Program Out de la YoloBox constitue déjà une première réalisation. Les enregistrements séparés servent principalement à corriger les passages qui le nécessitent.
L’habillage nominatif est ensuite ajouté, avant la finalisation sonore.
Cette organisation permet de combiner les avantages de la réalisation en direct avec la souplesse d’un montage multicaméra traditionnel.
Une régie ultralégère, mais de vraies contraintes de production
Ce tournage confirme l’intérêt des solutions de production vidéo compactes.
Avec deux caméras, quelques trépieds et une YoloBox Extreme, il devient possible d’assurer une captation multicaméra dans des lieux qui ne disposent pas d’une infrastructure audiovisuelle dédiée.
Mais la légèreté du matériel ne supprime pas les contraintes du métier.
Il faut toujours anticiper les cadrages, surveiller le son, préparer les habillages, sécuriser les enregistrements et organiser la postproduction.
Et surtout, il faut tenir compte de la charge de travail réelle de l’opérateur.
Une régie compacte ne transforme pas automatiquement une personne en équipe complète de production.
Elle permet en revanche de développer des méthodes de travail adaptées à des événements qui ne pourraient pas nécessairement mobiliser une régie traditionnelle.
Vers une offre de captation vidéo pour les entreprises
Au-delà de l’expérience technique, cette réalisation du Décarbon’Tour du MEDEF Gard s’inscrit dans une réflexion plus large sur la production audiovisuelle destinée aux entreprises, aux organisations professionnelles et aux collectivités.
Conférences, tables rondes, assemblées générales, rencontres économiques ou séminaires : autant d’événements dont les contenus méritent souvent de dépasser le cercle des participants présents dans la salle.
Une captation vidéo permet de conserver ces échanges, de les partager et de prolonger leur durée de vie.
Elle peut également servir de matière première pour produire des extraits courts, des interviews, des synthèses éditoriales ou des publications sur LinkedIn.
C’est précisément dans cette complémentarité entre production audiovisuelle, réalisation multicaméra et valorisation éditoriale que je souhaite développer mes prestations.
Le Décarbon’Tour du MEDEF Gard aura donc été à la fois une captation professionnelle et un excellent exercice de validation technique.
Avec une conviction renforcée : les outils de production vidéo ultralégers ouvrent de nouvelles possibilités, à condition de construire autour d’eux un véritable savoir-faire de réalisation.
Gilbert Wayenborgh – Consultant et réalisateur audiovisuel, spécialisé dans les technologies de streaming, les régies vidéo compactes et les productions multicaméras.
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