Il y a un an, presque jour pour jour, nous réalisions avec Gilles Bonnière-Soto nos premières productions sur le terrain pour TV Lunel à l’occasion de la Fête des associations.

Nous avons donc symboliquement fêté cet anniversaire autour d’un gâteau et d’une bougie.

Mais en regardant cette photo, je me suis surtout rendu compte du chemin parcouru en seulement douze mois.

Car TV Lunel est devenue pour moi bien davantage qu’un média local auquel je participe. C’est aussi un laboratoire grandeur nature de l’évolution de la production audiovisuelle.

Et, après des années passées à observer, conseiller et écrire sur les technologies de télévision, c’est particulièrement intéressant de se retrouver de l’autre côté : celui où il faut produire, chaque semaine, avec des contraintes très concrètes de temps, de moyens et de ressources humaines.

D’une émission hebdomadaire à un véritable flux de production

Il y a un an, notre organisation était relativement simple : produire une émission hebdomadaire.

Puis nous sommes passés à deux, trois et finalement quatre productions régulières par semaine.

À cela se sont ajoutés les reportages, l’actualité locale et des formats spécifiques comme Paroles de Démocratie, développé pendant les élections municipales, ou plus récemment Écho des Femmes, présenté par Christine Ginel.

La Pescalune 2026 nous a fait franchir une étape supplémentaire.

Pendant cette période, avec Tristan qui avait rejoint l’équipe, nous avons parfois ajouté trois ou quatre productions mobiles dans une même semaine.

Autrement dit, la problématique a progressivement changé.

La question n’était plus seulement : comment réaliser une émission ?

Elle devenait : comment construire un système capable de produire régulièrement plusieurs contenus avec une petite équipe ?

Et c’est là que la technologie prend tout son sens.

Produire davantage ne signifie pas ajouter davantage de technologie

C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette première année.

Dans l’audiovisuel professionnel, nous avons longtemps associé l’amélioration de la qualité de production à l’ajout de moyens : davantage de caméras, davantage d’équipements, davantage de techniciens et des infrastructures plus importantes.

Pour un média local comme TV Lunel, ce modèle n’est tout simplement pas réaliste.

Nous avons donc progressivement cherché l’inverse :

réduire la complexité technique tout en augmentant nos capacités de production.

Cela passe par des caméras plus légères, des systèmes de transmission IP, des smartphones lorsque leur utilisation est pertinente, mais surtout par une régie capable de concentrer dans un seul environnement une grande partie des fonctions nécessaires à une production multicaméra.

C’est notamment dans cette logique que nous avons fait évoluer cette année notre régie autour d’une YoloBox Extreme et d’une RØDECaster, complétées selon les productions par des caméras traditionnelles ou PTZ.

L’objectif n’est pas de reproduire une régie de télévision traditionnelle en miniature.

Il est de concevoir un workflow différent.

La meilleure régie est parfois celle qu’on peut transporter soi-même

Cette réflexion devient particulièrement évidente lorsqu’on travaille sur le terrain.

Pour couvrir une association, une entreprise, une manifestation culturelle ou enregistrer un vidéocast chez un client, une installation nécessitant plusieurs heures de montage devient rapidement incompatible avec la réalité de la production.

Notre objectif est désormais de pouvoir arriver sur un lieu avec quelques sacs et un chariot, installer les caméras, les micros, la régie et l’éclairage et être opérationnels rapidement.

Une ou deux personnes doivent pouvoir réaliser une production qui aurait autrefois nécessité une équipe sensiblement plus importante.

Ce n’est évidemment pas applicable à toutes les productions audiovisuelles.

Mais pour une grande partie des interviews, tables rondes, podcasts vidéo, conférences ou émissions locales, cette approche devient extrêmement pertinente.

La production mobile change aussi le journalisme

L’autre enseignement de cette année est moins technique.

Lorsque le dispositif devient plus léger, la manière de travailler journalistiquement évolue également.

La Pescalune en a été un excellent exemple.

Il ne s’agissait plus nécessairement de prévoir une équipe, d’installer une caméra traditionnelle et de revenir ensuite monter le sujet.

Nous pouvions être présents au milieu d’un événement, réaliser une interview, tourner quelques plans et produire rapidement un contenu adapté au Web et aux réseaux sociaux.

Le temps entre l’événement et sa diffusion se réduit considérablement.

Et pour un média local, cette réactivité est essentielle.

Car notre principal concurrent n’est pas forcément un autre média.

C’est souvent simplement le temps.

Une information locale diffusée trois jours après l’événement n’a plus la même valeur qu’une information publiée le soir même ou le lendemain matin.

Mais la technologie ne fait pas le journaliste

Cette accélération comporte cependant un piège.

Parce que nous pouvons produire davantage, plus rapidement et avec moins de personnes, nous pourrions facilement finir par confondre production de contenu et journalisme.

Ce sont pourtant deux choses différentes.

Une caméra automatique peut cadrer un intervenant.

Une régie peut commuter automatiquement une caméra en fonction du microphone utilisé.

L’intelligence artificielle peut aujourd’hui transcrire une interview, générer des sous-titres, proposer des extraits verticaux et même aider à rédiger une première version d’un article.

Mais aucune de ces technologies ne décide réellement pourquoi un sujet mérite d’être traité.

Elles ne remplacent ni le terrain, ni la rencontre, ni la connaissance d’un territoire.

Et surtout, elles ne construisent pas la confiance.

En un an, le changement le plus important n’est peut-être pas technique

Nous avons changé de caméras, amélioré nos workflows et investi dans une nouvelle régie.

Pourtant, lorsque je regarde cette première année, le principal progrès de TV Lunel est probablement ailleurs.

Nous sommes désormais identifiés.

Lorsque nous arrivons sur un événement, de plus en plus de personnes savent qui nous sommes.

Associations, entreprises, responsables culturels, élus ou habitants nous contactent ou acceptent plus naturellement une interview.

Les portes s’ouvrent plus facilement.

Cette crédibilité ne s’achète pas avec une caméra 4K, une régie ou une liaison SRT.

Elle se construit sujet après sujet, interview après interview.

Et cela reste probablement la partie la plus traditionnelle du métier de journaliste.

Une dizaine de formats pour la deuxième année

Cette rentrée constitue maintenant une nouvelle étape.

TV Lunel devrait progressivement proposer une dizaine d’émissions et de formats différents, auxquels continueront de s’ajouter les reportages liés à l’actualité.

Cette augmentation du volume nous oblige naturellement à poursuivre notre réflexion sur les workflows.

Comment produire davantage sans dégrader la qualité ?

Comment automatiser les tâches techniques répétitives sans automatiser l’éditorial ?

Comment décliner efficacement une production 16:9 destinée à YouTube ou au site en contenus verticaux pour Instagram, Facebook ou TikTok ?

Comment organiser une régie suffisamment légère pour être utilisée en studio le matin et déplacée sur une production extérieure l’après-midi ?

Et surtout : jusqu’où peut-on réduire une équipe de production sans perdre ce qui fait la valeur éditoriale du programme ?

Ce sont finalement des questions qui dépassent largement le cas de TV Lunel.

TV Lunel, mon laboratoire audiovisuel grandeur nature

Depuis de nombreuses années, j’écris sur ce blog à propos du streaming, de la production IP, du cloud, du NDI, du SRT, de la production distante ou encore de l’automatisation.

TV Lunel me permet aujourd’hui de confronter quotidiennement ces technologies à une réalité beaucoup plus simple :

Est-ce que ça fonctionne réellement sur le terrain ?

Pas dans une démonstration sur un salon professionnel.

Pas dans une architecture théorique.

Mais un samedi après-midi, avec deux personnes, plusieurs caméras, des micros, une connexion Internet parfois approximative et une émission qu’il faut produire.

C’est probablement ce qui rend cette aventure particulièrement intéressante pour moi.

TV Lunel est un média local.

Mais c’est aussi devenu un formidable terrain d’expérimentation autour de ce que pourrait être la production audiovisuelle légère de demain.

Une production dans laquelle les outils IP, les régies intégrées, les PTZ, le cloud et désormais l’intelligence artificielle permettent à de petites équipes d’atteindre des capacités autrefois réservées à des structures beaucoup plus importantes.

À condition de ne jamais oublier pourquoi nous utilisons toute cette technologie :

pour raconter des histoires, rencontrer des gens et transmettre une information.

Finalement, après un an, c’est peut-être cela la principale leçon de TV Lunel.

Et avant de commencer cette deuxième année qui s’annonce particulièrement chargée, avec Gilles, nous avons quand même pris quelques minutes pour souffler notre première bougie.

La technologie pouvait bien attendre cinq minutes.

Gilbert Wayenborgh
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