Quatre sources vidéo, cinq cadrages issus de deux caméras Canon, deux microphones HF, une connexion mobile et une régie YoloBox Extreme : retour d’expérience sur la production d’un magazine associatif en direct depuis une terrasse de café, sans raccordement électrique.
Le samedi 10 octobre 2026, nous avons une nouvelle fois transformé la terrasse d’O Vin Cochon, sur le cours Gabriel-Péri à Lunel, en véritable plateau de télévision.
Pour cette nouvelle édition de Lunel-Asso, émission produite par TV Lunel et présentée par Gilles Bonnière-Soto, trois associations se sont succédé devant les caméras : Solidarité Ukraine 34, Lunel Vélo Passion et Palettes et Pinceaux pour Tous.
Au-delà des interviews, cette production constituait une nouvelle occasion d’expérimenter et d’affiner une approche que je développe depuis plusieurs années : déployer les moyens de production d’un studio TV directement sur le terrain, avec un dispositif compact, mobile et adapté aux contraintes du lieu.
Cette fois, la particularité tenait autant à la réalisation multicaméra qu’à l’autonomie énergétique de l’ensemble.
Un plateau TV éphémère installé sur une terrasse de café
Installer une émission en direct sur une terrasse de café ne consiste pas simplement à poser quelques caméras devant un présentateur.
Il faut organiser un véritable espace de production : installer les prises de vue, préparer les cadrages, assurer la prise de son, gérer la connexion Internet et disposer d’une régie capable de maintenir la continuité de l’émission.
Le tout dans un environnement qui n’est pas conçu pour la télévision.
Sur le cours Gabriel-Péri, les passants circulent, les conversations se poursuivent et la lumière naturelle évolue au fil de la matinée.
Mais c’est précisément ce qui fait l’intérêt du dispositif.
Contrairement à un studio fermé, le plateau devient visible depuis l’espace public. Les habitants découvrent les coulisses d’une émission, les associations rencontrent leur public et le tournage participe à l’animation du centre-ville.
L’accueil de Fabrice, le responsable d’O Vin Cochon, permet de renouveler régulièrement cette expérience dans un cadre convivial.
Quatre sources vidéo autour de la YoloBox Extreme
Pour cette émission, la configuration reposait sur quatre sources vidéo physiques :
- Une Canon XA60 ;
- Une Canon LEGRIA HF G50 ;
- Une caméra JVC ;
- Une webcam, destinée à proposer un plan d’ambiance sur le cours Gabriel-Péri.
Au centre du dispositif, la YoloBox Extreme assurait la réalisation multicaméra et la diffusion en direct.
L’intérêt d’une telle régie ne réside pas uniquement dans son format compact. Il tient également à sa capacité à exploiter plusieurs sources vidéo et à enrichir la réalisation grâce à des fonctions internes.
Et c’est sur ce point que nous avons particulièrement travaillé pendant cette émission.
Replicate et Crop : cinq cadrages à partir de deux caméras Canon
L’une des fonctionnalités intéressantes de la YoloBox Extreme est la possibilité de créer des sources virtuelles à partir des signaux vidéo existants.
En utilisant les fonctions Replicate et Crop, nous avons pu exploiter les deux caméras Canon pour obtenir cinq cadrages disponibles à la réalisation :
- Deux plans sur Gilles Bonnière-Soto, le présentateur ;
- Deux plans sur l’invité ;
- Un plan face-à-face réunissant les deux intervenants.
Le principe consiste à réutiliser une source vidéo, puis à appliquer un recadrage pour isoler une partie de l’image.
Cela permet de créer plusieurs valeurs de plan à partir d’une même caméra, sans multiplier les équipements physiques.
Pour une émission d’interviews, l’intérêt est évident.
On peut alterner entre des plans plus larges et des plans plus serrés, accompagner les prises de parole et donner davantage de rythme au montage en direct.
Deux caméras ne signifient donc pas nécessairement deux cadrages seulement.
Il faut néanmoins conserver à l’esprit qu’un recadrage numérique exploite une portion de l’image d’origine. Plus le recadrage est important, plus la définition disponible diminue.
Le résultat dépend donc de la résolution des sources, du cadrage initial et de la résolution de diffusion.
Cette méthode ne remplace pas toutes les possibilités offertes par une caméra supplémentaire, notamment pour les changements d’axe ou de perspective. Elle permet en revanche d’optimiser considérablement un dispositif de production léger.
Une caméra JVC et une webcam pour compléter la réalisation
Les deux Canon constituaient le cœur des cadrages utilisés pour les interviews, mais deux autres sources complétaient le dispositif.
La caméra JVC apportait une prise de vue supplémentaire.
La webcam, quant à elle, était orientée vers le cours Gabriel-Péri afin de montrer l’environnement dans lequel se déroulait l’émission.
Ce plan d’ambiance avait un véritable intérêt éditorial : rappeler aux spectateurs que le plateau était installé en plein centre-ville, dans un lieu vivant et ouvert.
Il présentait toutefois une difficulté : un contre-jour assez marqué.
Ce type de situation illustre parfaitement les contraintes d’une production en extérieur. Contrairement à un plateau traditionnel, il n’est pas toujours possible de contrôler la direction de la lumière ni de modifier librement l’emplacement des caméras.
La webcam remplissait donc avant tout une fonction de contextualisation, même si son rendu était moins homogène que celui des caméras principales.
Deux microphones HF pour la prise de son
La partie audio reposait sur deux microphones HF, destinés au présentateur et à son invité.
Dans un environnement comme une terrasse de café, la prise de son mérite une attention particulière.
Circulation, conversations, bruits de vaisselle et mouvements du public peuvent rapidement perturber l’intelligibilité des échanges.
Le recours à des microphones proches des intervenants permet de privilégier leurs voix par rapport à l’ambiance environnante.
L’enjeu n’est pas nécessairement de supprimer toute présence sonore du lieu. Une émission en public peut aussi conserver une part de son environnement.
Il faut surtout veiller à ce que cette ambiance ne prenne jamais le dessus sur la parole.
C’est une dimension essentielle d’une réalisation en direct : une image imparfaite reste parfois acceptable, mais une voix difficile à comprendre peut rapidement faire décrocher le spectateur.
Une production entièrement autonome sur batteries
C’est probablement l’une des caractéristiques les plus intéressantes de cette configuration : l’ensemble du dispositif fonctionnait sur batteries.
Caméras, microphones, régie et équipements nécessaires à la connexion étaient utilisés sans raccordement à une prise électrique du café.
Cette autonomie apporte une véritable liberté dans le choix des lieux de production.
Il n’est plus indispensable de prévoir des rallonges, de rechercher une alimentation secteur à proximité ou d’organiser le plateau en fonction de l’emplacement des prises.
Cela simplifie également l’installation dans des espaces ouverts au public, où les câbles d’alimentation peuvent devenir une contrainte de circulation et de sécurité.
Bien entendu, l’autonomie n’est jamais illimitée. Elle doit être anticipée en fonction de la durée de l’émission, de la consommation des équipements et des batteries disponibles.
Mais pour une production légère et de durée maîtrisée, cette approche ouvre des perspectives particulièrement intéressantes.
Le studio TV éphémère devient ainsi autonome non seulement dans sa réalisation, mais aussi dans son alimentation électrique.
Une connexion mobile pour assurer le direct
L’autre élément indispensable était la connectivité.
Un routeur permettait de disposer d’une connexion réseau pour la diffusion en direct.
C’est un point souvent sous-estimé dans les productions audiovisuelles délocalisées.
On peut disposer d’excellentes caméras et d’une régie performante : sans une connexion suffisamment stable, la qualité de l’expérience du spectateur reste compromise.
La préparation d’un direct en extérieur implique donc de prendre en compte la couverture mobile, les débits réellement disponibles et les éventuelles variations de qualité du réseau.
La mobilité d’un plateau ne se résume pas à son transport. Elle dépend aussi de sa capacité à fonctionner dans les conditions techniques du lieu.
Une réalisation TV, pas simplement une captation vidéo
Ce type de dispositif permet de distinguer deux approches.
La première consiste à enregistrer ou diffuser une intervention avec une caméra.
La seconde consiste à produire une véritable émission, avec un présentateur, des invités, plusieurs cadrages, une réalisation en temps réel et une continuité éditoriale.
C’est cette deuxième approche que nous cherchons à développer avec TV Lunel.
Les trois associations invitées ce samedi ont ainsi bénéficié d’un cadre de production commun, avec une émission structurée et une réalisation capable de suivre les échanges.
Le fait de travailler avec une régie compacte ne change pas la logique du métier : préparer, cadrer, écouter, anticiper et choisir le bon plan au bon moment.
La technologie facilite le déploiement, mais elle ne remplace pas le travail de réalisation.
Le studio TV éphémère : un modèle reproductible
Cette expérience s’inscrit dans une réflexion plus large sur les nouveaux modes de production audiovisuelle.
J’avais déjà présenté sur ce blog le principe du studio TV éphémère : transformer un événement en plateau TV.
Le direct réalisé à Lunel en constitue une illustration concrète.
Avec une régie compacte, quelques caméras, des microphones HF, une connexion mobile et une alimentation sur batteries, il devient possible de produire une émission dans des lieux très différents.
Cette approche peut être transposée à de nombreux contextes :
- Émissions et magazines associatifs ;
- Interviews lors de salons professionnels ;
- Tables rondes et débats ;
- Communication interne d’entreprise ;
- Rencontres institutionnelles ;
- Événements culturels et économiques ;
- Plateaux TV temporaires lors de conférences ou de manifestations publiques.
Il ne s’agit pas de prétendre qu’une régie compacte remplace systématiquement un car régie ou un studio permanent.
Il s’agit de choisir une architecture de production proportionnée au projet, aux contraintes et aux objectifs éditoriaux.
Ce que je retiens de cette expérience
Cette nouvelle production de Lunel-Asso confirme plusieurs convictions.
D’abord, la multiplication des cadrages ne nécessite pas toujours la multiplication des caméras. Les fonctions de sources virtuelles de la YoloBox Extreme permettent d’exploiter intelligemment les images disponibles.
Ensuite, l’autonomie sur batteries constitue un véritable avantage opérationnel pour les tournages délocalisés.
Enfin, la réussite d’un plateau TV éphémère ne repose pas uniquement sur la technique. Elle dépend aussi de son intégration dans le lieu, de la relation avec les intervenants et de la capacité de l’équipe à s’adapter aux conditions réelles.
Depuis mes premières expériences de WebTV jusqu’à la conception de studios audiovisuels et aux productions actuelles de TV Lunel, je retrouve finalement la même logique : adapter les moyens techniques à l’histoire que l’on souhaite raconter, plutôt que l’inverse.
La YoloBox Extreme constitue ici un outil particulièrement intéressant, mais elle reste un élément d’une chaîne de production plus large.
Et c’est bien cette chaîne, de la préparation éditoriale à la diffusion, qui fait toute la différence.
Un studio TV n’est plus nécessairement un lieu permanent. C’est aussi un ensemble de compétences et de moyens que l’on peut déployer là où se trouvent les personnes et les histoires à raconter.
Gilbert Wayenborgh – Consultant et formateur audiovisuel, production WebTV, streaming et vidéo IP. Réalisation TV Lunel.
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